Version longue

  1. Droits et obligations

 

Dès 16 ans, la loi donne de nombreux droits et devoirs aux citoyens : payer des impôts ; consommer de l’alcool ; conduire certains véhicules ; cotiser à l’AVS, à l’AI et à l’assurance-chômage ; majorité sexuelle, etc. Les jeunes ont donc des devoirs envers notre société mais dès qu’il s’agit de prendre part aux décisions pour leur avenir, qui les concernent, ils n’ont plus aucun droit de participation à la marche de la société. Le droit de vote à 16 ans mettra fin à cette incohérence.

 

  1. L’âge de la croisée des chemins

 

A 16 ans, sortant de l’école obligatoire, les jeunes doivent prendre une décision lourde de conséquence pour leur avenir : le choix de leurs études, voire de leur métier. De plus, en déterminant que l’école obligatoire se termine à 16 ans, l’Etat considère que les jeunes ont appris le minimum nécessaire pour commencer la vie active. Et pourtant, quand il s’agit de prendre part aux décisions à travers le vote, ils sont considérés comme inconscients et sont tenus à l’écart de ce droit fondamental. En outre, donner le droit de vote à 16 ans supprime le décalage de deux ans entre l’éducation civique et l’exercice effectif du droit de vote et donnera à ces cours un aspect pratique qui touchera véritablement les élèves.

 

  1. Relancer la participation

 

On parle beaucoup du désintérêt des jeunes pour la chose publique. Il est du devoir du monde politique de mettre en œuvre des mesures appropriées pour combattre ce problème. En octroyant la possibilité de demander le droit de vote aux jeunes dès 16 ans, un signe d’encouragement leur sera envoyé pour qu’ils s’intéressent au monde qui les entoure à travers la politique.  Habituer les jeunes dès la fin de la scolarité obligatoire à voter, c’est développer un sens démocratique et civique. En donnant la possibilité aux jeunes de 16 ans de voter, on créera un automatisme chez certains, pour que l’exercice du droit de vote ne soit plus considéré comme sans intérêt ou trop compliqué mais comme un réflexe et un devoir citoyen. Cela motivera sans doute les jeunes à assumer des responsabilités politiques par la suite. Car nous ne pouvons ignorer la faible représentation des jeunes en politique, à tous les niveaux.

 

  1. Contrat intergénérationnel

 

Vu le vieillissement actuel de la population, donner le droit de vote à 16 ans permet de contrebalancer légèrement ce phénomène et de renforcer le contrat intergénérationnel plutôt que d’envisager le rapport entre les jeunes et les seniors sous l’angle de l’antagonisme. Ce droit supplémentaire, c’est une manière de d’affirmer que notre jeunesse a pleinement voix au chapitre dans notre société, au même titre que  les personnes âgées. Un problème de notre société actuelle est l’intégration de certains jeunes. Accorder le droit de vote aux jeunes dès 16 ans leur permettra de se sentir mieux reconnus par le reste de la population.

 

  1. Des jeunes actifs

 

De nombreux jeunes s’impliquent pour la collectivité, que ce soit dans des associations, des clubs, des partis politiques, des Eglises ou encore au sein de parlements des jeunes, montrant ainsi leur envie de changements positifs et d’améliorations pour notre société. Les exclure de la vie publique, c’est contribuer à les maintenir sous un regard paternaliste et infantilisant. A l’inverse, leur laisser décider s’il souhaite faire usage du droit de vote, c’est envoyer un signal positif, qui montre que les adultes  les respectent, les considèrent, les écoutent. Et c’est aussi un signal d’encouragement pour qu’ils persévèrent dans leurs projets et leur engagement. Et finalement c’est montrer que nous avons confiance dans la jeunesse, dans notre avenir.

 

  1. Des thèmes d’avenir

 

Les jeunes s’intéressent tous à certains thèmes, de l’intégration à l’écologie, en passant par la violence et le racisme. Il est très important d’entendre leur voix sur des sujets qui non seulement les préoccupent, mais surtout les touchent à court, moyen ou long terme.

Non seulement le droit de vote à 16 ans favorisera l’intérêt des jeunes pour la chose publique, mais cela poussera aussi les politiques à prendre en compte sérieusement les aspirations de la jeunesse lors de toute décision. Être à l’écoute de ceux qui construisent et construiront notre société représente un enjeu de taille pour notre avenir.

 

  1. Des jeunes matures

 

De nombreuses études confirment que les jeunes, même avant 16 ans, ont très majoritairement la maturité nécessaire pour voter. Pour n’en mentionner qu’une seule : celle d’Olive Stevens qui , dans son livre « Children Talking Politics: Political Learning in Childhood », conclut, grâce à son étude, qu’à l’âge de 9 ans, le langage politique peut être considéré comme acquis et qu’à 11 ans, « beaucoup d’enfants ont autant de vocabulaire politique que les adultes peuvent en revendiquer, et leurs idées ont une structure qui, même si elles sont à développer, leur permettra de saisir les faits touchant à l’actualité, de comprendre les principes et les questions politiques et de faire leurs choix lors des élections générales».

 

Pour ceux qui diront qu’ils n’ont pas encore la capacité de se faire leur propre opinion, qu’ils voteront comme leurs parents ou qu’ils se laisseront influencer par leurs professeurs, il faut admettre que nombreux sont les jeunes majeurs qui n’ont qu’une idée confuse de la politique et du devoir civique lorsqu’ils votent pour la première fois. C’est en votant qu’ils deviennent petit à petit des citoyens éclairés et responsables. Dès lors, que la limite soit fixée à 16 ou 18 ans, le processus de politisation est similaire.

 

  1. Qu’avons-nous à perdre ?

 

Toujours pas convaincu ? Laissons aux jeunes une chance, il n’y a rien à perdre ! Au pire ils n’utiliseront pas leur droit (comme beaucoup de leurs aînés d’ailleurs !), mais ils ne changeront pas radicalement les résultats des scrutins (moins de 3% des électeurs). L’expérience a déjà été menée dans de nombreuses régions (notamment Glaris, Autriche, Brésil, certains Länder allemands et certaines îles britanniques) et force est de constater qu’il n’en résulte qu’un intérêt accru des jeunes pour la politique, pour le monde qui les entoure.

 

  1. Un vent de fraîcheur sur notre canton

Neuchâtel a été un canton précurseur (le 2ème, en 1959) en introduisant le droit de vote pour les femmes. Mais néanmoins très tard d’un point de vue international. Précurseur il l’a aussi été en introduisant le droit de vote pour les étrangers. Il est temps de passer au combat pour la jeunesse et de se profiler en canton innovateur, que les autres suivront, plutôt qu’en canton passif ! Nombreuses sont les critiques envers le monde politique, ancrés dans des valeurs passées ou loin des réalités. Le droit de vote à 16 ans amènera un vent de fraîcheur à notre politique !

 

  1. Sur demande, pour apaiser les craintes

 

Un argument contre le droit de vote à 16 ans ressort souvent : « Les jeunes ont d’autres intérêts que la politique et ont mieux à faire ». Il faut souligner que le droit de vote, comme son nom l’indique, est un droit et non une obligation. Pour que l’octroi du droit de vote à 16 ans constitue un véritable acte citoyen, les jeunes motivé-es devront demander personnellement leur inscription au registre électoral de leur commune de domicile. Pour celles et ceux qui n’ont encore aucune motivation pour l’exercice de leurs droits civiques, rien ne changera. Pour les autres en revanche,  la démarche, résultat d’une décision individuelle réfléchie, constituera la preuve d’une motivation forte pour l’exercice des droits civiques et d’un engagement à assumer les responsabilités qui en découlent : la voix exprimée comptera vraiment!